Cela passe d'abord par la panne du "moteur franco-allemand", qui était supposé animer la dite "construction européenne". Or, l'Allemagne ne suit plus la France : ni dans la politique économique, ni dans l'architecture européenne, ni dans les affaires stratégiques, et particulièrement en Afrique (Libye, Mali, RCA).

Passons également la montée du parti anti-euro (c'est d'un banal, surtout quand on compare à l'UKIP ou au FN), ou sur le souverainisme sourcilleux de la cour constitutionnelle de Karlsruhe qui "interprète" le droit à tout va, mais toujours dans le sens d'un chauvinisme bien compris.

D'une certaine façon, elle se retire aussi du système atlantiste, à cause de la cavalerie budgétaire américaine : les Allemands sont horrifiés par la dette, la négligence envers le dollar et le quantitative easing en vogue à Washington. Mais ils s'éloignent aussi de l'Otan, dont ils ressentent moins le besoin. Dans la plateforme programmatique CDU SPD, l'Otan arrive après l'OSCE, et juste sous l'angle du "Framework Nation concept", qui vise, si on regarde de près, à régionaliser l'Otan....

Constatons enfin la priorité donnée au pilier économique de la "puissance". Cela amène l'Allemagne aux choix suivants :

  • réorientation de ses exportations hors d'Europe
  • concentration sur un "étranger proche allemand", qui ressemble furieusement à la Mittel Europa
  • Association avec la Russie pour l'accès aux ressources.
  • Association avec la Chine pour bâtir un nouveau système financier et monétaire mondial (mark + yuan contre dollar + livre).

Ainsi, l'Allemagne choisit aujourd'hui une stratégie de heartland alors qu'elle avait longtemps opté pour le rimland. Ce pivotement-là est beaucoup plus inquiétant que le pivotement américain.

Le Chardon