16 mars : référendum en Crimée

Beaucoup ont dénoncé les pressions de Moscou, beaucoup ont évoqué la question des minorités (Tatars ou Ukrainiens, puisqu'il y aurait des minorités ukrainiennes en Crimée...). Pourtant, 80 % de participation et 96 % de votes favorables marquent le vote. J'entends bien toutes les objections sur la rapidité du scrutin, la question ambiguë, le manque de transparence, les fraudes, etc... Je constate toutefois qu'il y a une nette majorité qui s'est prononcé pour le rattachement à la Russie. "Démocratiquement", les Criméens se sont prononcés.

30 mars : Municipales en France

J'ai déjà évoqué les municipales françaises. Personne ne met en doute l'organisation du scrutin ni son caractère démocratique. Pourtant, la vague est énorme, jamais vue, exceptionnelle. Or, l'on entend en réponse que cela n'a pas de signification nationale, que le président à la légitimité de son élection pour cinq ans, ... sans apercevoir la contradiction avec le changement immédiat de gouvernement. Ou plus exactement de premier ministre. La réponse politique au "séisme social" paraît sans commune mesure, par sa platitude "technique", avec l’exaspération. Elle décrédibilise plus encore la politique.

30 mars : municipales en Turquie

Tiens ! un autre pays avec des municipales. Un allié de l'Otan, s'il vous plait. Donc partageant nos valeurs, si j'en crois ce que dit régulièrement l'alliance dans ses déclarations officielles. Voici donc un leader, R. Erdogan, qui se présente encore une fois aux suffrages (pour la troisième fois depuis douze ans). Il subit une incroyable campagne avec une succession incroyable de coups bas (les Gülenistes ont sorti tout ce qu'ils avaient dans leurs armoires), après de violentes manifestations l'été dernier, une gauche kémaliste toujours hostile, des alevis pas très heureux et des Kurdes toujours défiants. Autrement dit, l'usure du pouvoir et la coalition des mécontents auraient dû conduire à une défaite historique. Le même jour, il y avait des exemples. Que nenni : Erdogan recueille 45 % des suffrages et conserve les mairies emblématiques d’Istanbul et d'Ankara. Nos belles âmes n'ont pas eu à trop pincer le nez, elles étaient occupées à commenter d'autres municipales. Cela leur a évité des commentaires désobligeants. Et pourtant, l'AKP a conservé sa base électorale, toujours satisfaite des succès économiques du pays et se fichant comme de l'an 40 des remarques désobligeantes de l'étranger. Voici donc un leader a tendance "moi, le plus grand" qui se voit conforter dans sa ligne mégalomane. Quand on est poli, on dit charismatique.

6 avril : réélection de V. Orban en Hongrie

Les électeurs avaient un véritable choix, dit l'OCDE. Mais il semble que la machine à propagande s'est exercée au profit d'un seul, V. Orban. Son parti, le Fidesz, recueille 44 % des voix contre 52 % il y a cinq ans : on a connu érosions plus sévères. Le Jobbik d'extrême droite cartonne à 20 %. La coalition est ambiguë avec l'UE, flirte avec la Russie, a des problèmes de minorités et tolère des relents d’antisémitisme. Conclusion logique : voici un pouvoir néo-fasciste. Pourtant, on apprend aussi que si la croissance reste molle, elle croit (1,2 % en 2013, 2 % prévus cette année), que l'inflation est maitrisée, que le chômage demeure à 8,6 % (France 10,9 %) et jamais aussi bas depuis 5 ans, le déficit public sous la barre des 3 %. Tout n'est pas rose, tout est peut-être conjoncturel, mais force est de constater qu'il y a un bilan. Que si ça se trouve, les électeurs jugent aussi au bilan.

16 avril : réélection de Bouteflika en Algérie

Quatrième mandat pour M. Bouteflika qui a réussi l'exploit de gagner sans faire directement campagne. Son vote en fauteuil roulant devient le symbole de cette élection trafiquée avec 50 % de participation et 80 % de votes en sa faveur. Personne n'y croit. Mais l'élection s'est tenue.

Que dire de toutes ces élections ?

Deux leçons partielles : d'une part, l'élection (en tant que technique de consultation de la population) ne fait pas forcément la démocratie. Et qu'il y a tout un tas de gens qui organisent des élections, sans même forcément trop les truquer, et qui n'agissent pas "démocratiquement". d'autre part, qu'il y a loin entre les souhaits populaires et leur traduction politique. Normalement, l'élection sert justement à mettre ces deux exigences en phase. Suis-je absolument hérétique si je constate que cela a aujourd’hui bien des ratés ?

Le Chardon