Car malgré cette faiblesse démocratique, un regard froid prévoit une autre histoire. Tout d'abord, qu'elle que soit l'abstention, l'Europe ne va pas s'écrouler d'elle même bien qu'elle puisse être la victime d'un écroulement général du système. Mais alors, elle serait emportée avec le système dont elle fait définitivement partie. Tant que le système se perpétue, hypothèse de cet article, il est illusoire d'envisager un démontage par morceaux (genre sortie de l'euro) ou même la sortie de l'Angleterre (puisque la City empêchera à toute force Londres de quitter l'UE).

En revanche on peut prévoir deux éléments de changement. Le premier tient à la désignation du président de la commission (ci après désigné par PC). En effet, une sourde lutte s'annonce entre le Parlement et le Conseil Européen des chefs d’État. Le PE exigera que le futur PC soit désigné parmi les candidats issus de son assemblée. Le CE essaiera peut-être de désigner un candidat extérieur aux six (ici, comptons sur les Britanniques pour pousser en ce sens). Une épreuve de force s'ensuivra qui devrait tourner à l'avantage du PE. Dès lors, le nouveau PE aura une légitimité personnelle qui l'incitera à plus d'initiatives que M. Barroso (euphémisme). Certes, bonnet blanc et blanc bonnet auront à peu près les mêmes options, mais ils auront un poids politique réel face au président du CE (actuellement van Rumpoy) et le chef du SEAE (l'ineffable baronne). Certes, des personnalités faibles mais qui étaient là pour contrôler la Commission.

Remarquons au passage que lors du même débat, M. Juncker du PPE (les conservateurs) s'est prononcé pour un Smic européen qui deviendra de ce fait le projet marquant du nouveau président, quel qu'il soit. Je ne sais pas si c'est une bonne chose mais le discours devrait quand même être moins lénifiant que le deuxième mandat Barroso.

Bref, on le voit, ce Parlement faiblement élu devrait être la cause d'un vrai (mais petit) changement des rapports de force dans la "gouvernance" européenne.

Rapidement pourtant, les problèmes vont survenir avec les référendums de l'automne. Celui en Écosse est légal et son résultat encore incertain. Toutefois, l'hypothèse d'une indépendance n'est plus une vue de l'esprit. Celui en Catalogne est "illégal" mais son résultat est certain. Autrement dit, l'Europe qui jusqu'ici avait été le moyen d'empêcher la fragmentation des États membres échouerait dans cette règle géopolitique.

Elle paierait là les deux erreurs fondatrices : celle de la reconnaissance précoce de la Croatie et de la Slovénie par l'Allemagne et l’Italie en 1991. Alors, en acceptant la dissolution du principe fédératif, les États européens ouvraient la boîte de Pandore. De façon encore plus inconséquente, au nom d'un soi-disant pragmatisme, l'UE bafouait ses principes en acceptant en 2004-2005 l'indépendance du Kosovo. Les meilleurs esprits ont dénoncé cet écart aux principes (vous savez, ceux dont on ne cesse de nous rebattre les oreilles).

Elle s'est trouvée bien désarmée politiquement devant l'affaire criméenne où elle n'a trouvé à arguer que sur l'illégalité du référendum qui traduisait pourtant, de façon évidente, le droit des peuples à disposer d'eux mêmes, surtout à la suite de la rupture de l'ordre constitutionnel à Kiev. Elle sera encore plus désarmée face à une Édimbourg ou une Barcelone indépendantes, fin novembre. Autrement dit, les chocs géopolitiques vont bientôt arriver (et je ne parle pas des surprises...).

Autrement dit encore, ces élections de dimanche dépassent le simple score des partis populistes...

A. Le Chardon.