Voici en effet une BD qu'il a d'abord lue initialement sur Internet, en version piratée, et qu'il a décidée ensuite d'acheter (pour tout dire, le jeune homme l'a demandée à Noël et son papa préféré a accédé à ses désirs). Mais je le signale pour témoigner que le piratage est aussi un moyen de faire connaître les œuvres et in fine de provoquer l'achat.... Gros débats avec fiston sur les droits d'auteur et l'économie d'Internet, on cause aussi à la maison.

Quelle est l'histoire ? dans un futur proche, une sorte de nouvelle guerre de Sécession éclate aux États-Unis. Manhattan devient une zone non pas neutre mais possédée par aucun des deux camps, ni celui du nord (genre faucon Schock and awe) ni celui du sud (les "États libres", bien sûr).

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UN journaliste du nord est envoyé là-bas en hélicoptère, il prend un jeune stagiaire. Arrive ce qui devait arriver : le ténor meurt ainsi que toute l'escorte, à l'exception du stagiaire qui décide de continuer le reportage dans la zone qui n'est pas un no m'an's land, mais une ville en guerre américaine (et une ville américaine en guerre), où les gens essayent tant bien que mal de survivre, à l'écart des enjeux politiques de tous côtés, avec les atrocités et les quelques illuminations de ce terreau.

Le dessin est assez "américain" : beaucoup de commentateurs parlent de "comics", je parlerai quant à moi d'un style assez nerveux et brutal, peu coloré avec une très belle science des blancs et des noirs.

Au-delà des qualités de scénario, de la violence latente, des allusions à la guerre dans Bagdad ou à la politique américaine, on peut voir enfin le scénario de l'éclatement des États-Unis : or, tout observateur se garde bien de le rejeter comme impensable, et les zones les plus peuplées seront certainement l'enjeu de situations extrêmement violentes. C'est peut-être pourquoi le scénario fait peu de cas des procédés "technologiques" qui appartiennent pourtant à l'art américain de la guerre : drones, surveillance électronique, etc... En fait, si l'impensable intervient, alors les réalités humaines les plus profondes ressortiront dans un pays où le port d'armes est considéré comme un droit de l'homme...

Bref, une BD non européenne, dans tous les sens du terme, et intéressante pour cela, indépendamment de ses autres qualités.

« DMZ » paru chez Vertigo en 2006, écrit par Brian Wood et illustré par Riccardo Burchielli. La série compte une petite dizaine d'albums.

A. Le Chardon