En effet, la destruction créatrice, pour Schumpeter, est un chemin qui explique l’innovation et la croissance. Constatons simplement que la croissance n'est pas au rendez-vous, malgré les manipulations monétaires gigantesques effectuées depuis cinq ans (au moins) pour la stimuler. Et qu'on s'aperçoit aujourd’hui que les pays émergents calent tous, les uns après les autres.

Surtout, la dynamique de la mondialisation n'est pas fondée uniquement sur l’innovation. Il ne s'agit pas pour moi de nier les changements radicaux apportés par le cyber, j'en parle suffisamment par ailleurs. Mais on ne peut réduire la mondialisation au seul cyber. La mondialisation, c'est aussi une dérégulation absolue et un système de croissance qui repose sur de la destruction absolue.

En effet, Schumpeter explique la destruction créatrice par le calcul suivant, anti malthusien : ce que je détruis n'est que le résultat d'une inadaptation concurrentielle par rapport à un système nouveau, plus compétitif.

Or, le nouveau système (celui d'aujourd'hui) qui se met en place n'est pas seulement compétitif par lui-même (par sa seule propre innovation), mais aussi par la consommation brute de deux choses fort importantes : la biosphère, tout d'abord, et le lien politique, d'autre part (à la fois le vivre ensemble et l'institution étatique, visible avec la multiplication des États faillis).

Autrement dit, la mondialisation a deux moteurs : effectivement un premier de destruction créatrice, mais également un autre de destruction brute. Or, c'est surtout celui là qui provoque la révolte des peuples. Une politique répondant à la mondialisation ne peut pas simplement s'attaquer à la raison du seul premier moteur (sachant que l'austérité dans un monde qui truque ses comptes monétaires paraît un peu à courte vue, mais c'est un autre débat) ; elle doit aussi travailler sur le deuxième moteur et recréer du lien politique et de la protection de l'environnement.

PS : je rédige ce billet hier soir et découvre ce soir seulement le livre de Luc Ferry qui semble dire des choses pas très éloignées : je vous le jure, je ne l'ai pas fait exprès. Mais en fait, c'est N. Bouzou qui a ouvert le débat. Nous y reviendrons.

A. Le Chardon