Dans une perspective annuelle, la Russie semble quand même sur le recul. Après avoir fait signer à l'Ukraine la participation à l’Union eurasiatique en novembre, elle subit un revers de taille avec la révolte de Maïdan en février. Après avoir repris l'initiative en Crimée en mars puis dans les zones russophones, elle constate que ça ne suit pas au sud (Odessa) en avril et elle est en train finalement de perdre pied au Donbass (juillet).

Dans une perspective de stratégie militaire, elle a incontestablement innové avec sa stratégie indirecte. Indirecte non dans le variantement des axes d'effort mais dans la multiplication et la combinaison d'actions tactiques, ce qu'il faut bien appeler une manœuvre opérative. Infiltration d'hommes masqués, mobilisation de la population locale (on n'insiste jamais assez sur la présence de relais de population pour faciliter cette manœuvre), pression conventionnelle aux frontières (voilà, pour le coup, une gesticulation de force de grande ampleur qui a donné des effets tactiques réels), manœuvre d'information, guerre secrète et ROEM...

Il reste que cela fonctionne "un temps". Cette stratégie qui agit sur les perceptions n'est efficace que temporairement. Elle s'émousse dans la durée. Vient un moment où il faut entrer dans l'escalade de la violence. Les insurgés s'y sont essayé mais ils n'ont pas été soutenus avec assez de volonté par les Russes. Pourquoi, je ne sais, je le répète. Je constate que du coup, les forces lancées par Kiev, probablement très soutenues en sous main par les Occidentaux (et là, personne ne s'offusque d'une quelconque ingérence ou de manœuvre par proxys), ont peu à peu repris le contrôle du terrain, avec une offensive violente, ne nous voilons pas la face. Il reste à voir ce qui adviendra à Donetsk. Mais on voit mal comment les insurgés peuvent reprendre l'avantage si le conflit se poursuit sur les errements actuels.

L'option du chaos sécuritaire, qu'on a cru que Poutine avait joué, ne va bientôt plus être validée ce qui réduit le champ des possibles pour Poutine et consacre un revers au moins tactique. Il voulait arrimer l'Ukraine, il n'aura récupéré que la Crimée.

Sauf retournement prochain (et les survols de l'espace aérien russe par des aéronefs ukrainiens ou les bombardements "par mégarde" de villages russes frontaliers constituent, à n'en pas douter, des provocations pouvant déclencher la riposte, sous la forme d'une "opération humanitaire"), V. Poutine est en train d'abandonner la carte sécuritaire. Ne lui reste que la carte économique. Accessoirement notons que les 3 milliards d'aide du FMI sont consacrés à 25 % au budget de la défense ... Mains on n'est pas à une contradiction près, par chez nous.

A. Le Chardon