Le Kenya est un pays d'Afrique orientale, qui borde la corne de l'Afrique. Ça, au moins, vous êtes d'accord.

Le Kenya a voulu un rôle régional. Il est ainsi entré en guerre - pardon, il a lancé une opération contre terroriste contre son voisin septentrional, la Somalie, il y a de cela trois ans. Ladite Somalie s'échoue régulièrement, elle n'est même plus un État failli et toutes les puissances voisines -ou non- qui y sont intervenu ont échoué également dans ce cimetière marin et désetrique : Nations-unies, États-Unis, Éthiopie, maintenant Kenya, donc. Même les shebabs (qu'on nous décrit comme les islamistes du cru, bien que l'observateur que je suis a tendance à considérer qu'ils sont plus du cru qu’islamistes) n'arrivent plus à contrôler le pays, revenu à un éparpillement absolu.

Or donc, ce qui déclencha l'opération kényane en Somalie était déjà l'intervention supposée de shebabs contre des sites touristiques côtiers, du côté de Lamu. Mais certains soupçonnent Nairobi de vouloir "récupérer" le Jubaland, zone frontalière rattachée à la Somalie en 1925 par Londres. En fait, de créer une zone tampon entre les deux pays. Un projet bien géopolitique, donc.

En réaction, les shebabs n'ont pas été contents. Du tout. Ils ont donc lancé une série d'attentats contre les intérêts kényans, surtout à Nairobi (octobre 2011, mars et juillet 2012) jusqu'à l'attaque du centre commercial de Westgate, à Nairobi toujours, qui fait plus de 60 victimes en septembre 2013.

Or, les attentats se multiplient au Kenya depuis maintenant plusieurs mois, dans l'indifférence générale. A Nairobi, on serait tenté de dire "comme d'habitude", mais aussi sur la côte (par exemple l'attaque de ce bus, le 19 juillet) ou encore à Mombassa (ici, le 20 juillet). Une centaine de morts depuis juin...

Certains sont revendiqués par les shebab, d’autres pas. Il y a probablement des raisons ethniques, des raisons politiques, des raisons sociales (voir par exemple ce reportage). On se souvient des émeutes sanglantes qui avaient suivi les élections controversées de 2007, quand celles de 2013 avaient elles-mêmes été sujettes à caution. La conclusion de l'observateur extérieur est alors simple : la cause ne peut être unique, il ne peut s'agir uniquement des "shebabs" ou d'un islamisme qui se répandrait.

Le même constate également que d'une part, les ressources touristiques vont forcément pâtir de cette insécurité ; et que d'autre part, le Kenya est limitrophe d'une autre zone de danger, le Soudan du sud, lui-même en plein chaos. Sachant que Nairobi rêvait d'exporter le pétrole sud-soudanais à travers son territoire pour bénéficier de la manne pétrolière...

Bref, on n'a pas fini d'entendre parler du Kenya.

A. Le Chardon