L’art équestre est indissociable de l’art militaire si l’on songe que l’homme a, très vraisemblablement, utilisé le cheval, comme monture, pour tenter de prendre de l’ascendant sur ses rivaux, pour conquérir des territoires, en clair, pour combattre ! Xénophon fut le premier à avoir rédigé un «Traité d’équitation » même si, comme il le rappelle, Simon aurait écrit, avant lui, un traité connu sous le nom d’ « Hipposcopique ou Le parfait maréchal », où il traite abondamment du cheval de guerre.

Le Général WEYGAND a écrit : « Quel que soit le sort que l’avenir nous réserve, il y aura toujours une cavalerie, une arme plus rapide que les autres dont le rôle sera de reconnaître, couvrir, combattre, poursuivre, qui trouvera le succès dans l’audace, la vitesse, la surprise, en un mot fera preuve d’esprit cavalier. ». Cette maxime figurait dans le grand amphi de l’École de Cavalerie qui célèbre, cette année le bicentenaire de sa création à Saumur. C’est, en effet, le 23 décembre 1814 que le Roi Louis XVIII ordonna la création d’une « Ecole d’instruction des troupes à cheval » à Saumur. Certes Philippe de Mornay, seigneur du Plessis–Marly avait créé, alors qu’il était Gouverneur de Saumur, une « Académie d’équitation » en 1599. En 1763, le Duc de Choiseul réorganise la cavalerie française et crée une école gérée et encadrée par le « Corps Royal des Carabiniers » qui prendra le nom d’ « École des Carabiniers » avant de fermer en 1788.

L’École, qui doit ouvrir le 1er mars 1815, a pour mission de « former des instructeurs pour tous les corps de cavalerie », ce qui s'étend aux « régiments de carabiniers, de cuirassiers, de dragons, de lanciers, de chasseurs, de hussards et d'artillerie légère ». Toutefois, des officiers de l’École étant impliqués dans les mouvements conspirationnistes, comme celui du Général BERTON, celle-ci est dissoute par ordonnance du 20 mars 1822. Elle fut recréée par Charles X, avec le nom d’École royale de cavalerie, par ordonnance du 11 novembre 1824. L’article 1er résume tout : « L'école de cavalerie établie à Versailles sera transférée à Saumur le plus tôt possible ». L’article 2 réaffectera la Caserne d’Artois, à Versailles, au « logement des gardes-du-corps en station à Versailles ». A partir de 1830 avec la fermeture de l'école de Versailles elle devient la seule école dépositaire de la tradition équestre française. Ne s’agissant que de péripéties dues à la période troublée qui suit la fin du 1er Empire, on peut, donc, affirmer que l’école de cavalerie de Saumur a bien été fondée le 23 décembre 1814.

J’ai écrit, en guise d’entame, que l’art équestre est indissociable de l’art militaire et il convient, donc, de parler du Cadre Noir qui commémore, également, le bicentenaire de sa naissance. A l’origine, le Cadre Noir était le corps des instructeurs d’équitation. Des écuyers civils enseignaient aux cadres de la cavalerie une pratique rationnelle à diffuser jusqu’aux plus bas échelons de l’ordre de bataille. Le premier écuyer militaire ne fut nommé qu’en 1826, le général OUDINOT, commandant l’école, ayant décidé de remplacer les civils partant à la retraite par des officiers jugés plus à l’aise dans les relations avec leurs camarades enseignant les techniques militaires (le Cadre bleu). Bien vite, deux méthodes s’affrontèrent, méthodes que le Général L’HOTTE résuma par « L’équitation d’Aure est simple, pratique, facilement transmissible mais ses horizons sont bornés. L’équitation Baucher est artistique, présente les perspectives les plus étendues mais elle a ses écueils. »

Le « Moins en fait, mieux on fait » du Comte d’Aure s’opposer au « Demander souvent ; se contenter de peu ; récompenser beaucoup. » de François Baucher. D’Aure était un tenant de l'équitation d'extérieur, développant le travail de carrière, encourageant les chasses et les courses. Baucher, lui, a développé une méthode dans laquelle l’homme domine le cheval. Cette méthode faite de contraintes diverses a conduit à une monte dite de haute-école ce que les détracteurs de Baucher appelleront « une équitation de cirque »… L’Hotte, en privé, montait selon la méthode Baucher et, comme commandant de l’école de cavalerie, préconisait la méthode d’Aure pour une équitation purement militaire. Il fixa les fondements de l’équitation pratiquée, conservée et enseignée à Saumur de 1870 à nos jours. Ces principes s’énoncent par trois facteurs: « Calme en avant droit. ». C’est à cette époque qu’apparut l’appellation Cadre noir s’appliquant aux écuyers maîtres et sous-maîtres, les distinguant ainsi des instructeurs des exercices militaires qui constituaient le Cadre bleu. Le « Cadre Rose », bien connu des officiers-élèves et des élèves-officiers, désignant les « nièces ». Au fur et à mesure de la mécanisation de la Cavalerie et, donc, de sa marche vers « l’Arme blindée-cavalerie », l’enseignement de l’équitation perdit de son importance et les instructeurs du Cadre Noir se tournèrent vers l’équitation sportive et la préservation de l’équitation à la française.

A la création de l’École Nationale d’équitation en 1972, les écuyers du Cadre en devinrent l’ossature du corps enseignant et retrouvait, ainsi, ses missions d'origine : enseigner l'équitation adaptée à son époque, militaire hier, sportive aujourd'hui, et dresser des chevaux. Le Cadre Noir repassait ainsi du statut militaire au statut civil. En 1825, Monsieur Cordier fut le premier à être nommé écuyer en chef. Près de 200 ans après sa création, le Cadre Noir de Saumur regroupe l'ensemble des professeurs de L’École Nationale d’Équitation. Au nombre de quarante-trois, ils forment les cadres civils de l'équitation, pratiquent la compétition, conduisent des activités de recherche, de documentation et de transmission de la tradition. C'est à travers leurs célèbres présentations qu'ils montrent leur savoir-faire dans les domaines qui concernent l'équitation sportive et classique.

L’UNESCO a inscrit, en novembre 2011, l’Équitation de Tradition Française et le Cadre de Noir de Saumur au patrimoine Culturel Immatériel de l'Humanité. Cette reconnaissance de notre tradition équestre honore le Cadre Noir et atteste son rôle exemplaire dans la transmission de l'équitation de tradition française.

« Par Saint-Georges, Vive la Cavalerie !» ce à quoi Lasalle répond « Vive les Hussards ! »

Pascal TRAN-HUU