En apparence, il s'agit d'éviter la prolifération nucléaire et d'obtenir le maximum de garanties pour éviter que l'Iran soit trop proche du seuil. D'un point de vue tactique, on pourrait considérer qu'il y a répartition des rôles, Paris jouant " le méchant " comme dans tout polar qui se respecte. Oui, mais quand en fin d'article, Le Monde explique qu'à la clôture, Paris passera sous les fourches caudines de Washington, on s'interroge sur l'efficacité de cette stratégie dont on comprend qu'elle n'émeut pas beaucoup la partie iranienne.

Alors ? Le Monde donne, juste en dessous, un interview d'un émissaire israélien, partisan sans surprise d'une ligne encore plus dure. Juste après la réélection de B. Netanyahou, on pourrait donc considérer que la France veut faire plaisir à Israël, ce qui serait toutefois surprenant tant Tel Aviv semble aujourd'hui isolé. Il me semble que tel n'est pourtant pas le but recherché. Nous pensons que les calculs sont plus subtils.

Au fond, il ne s'agit pas tant de plaire aux Israéliens qu'aux monarchies arabes du Golfe. En s'affichant comme un dur face à l'Iran, obsession de l'Arabie Saoudite, Paris vise à s'attacher les bonnes grâces de ce client hors pair, à qui on escompte vendre encore et encore. La diplomatie économique n'est-elle pas l'alfa et l'oméga de la feuille de route de M. Fabius ?

Oui, mais Paris risquerait de déplaire à l'Iran, pourra-t-on objecter. Là encore, les choses paraissent plus subtiles. En montant les enchères, on peut espérer obtenir des Iraniens des concessions sur d'autres dossiers, par exemples sur tel ou tel grand chantier espéré, une fois que les sanctions seront levées. Chose que Téhéran acceptera volontiers, ne serait-ce que pour faire affaire avec des Européens et diversifier un peu ses clients, surtout que cela aura peu d'effets politiques sur le nucléaire et favorisera le démarrage de l'économie. Gagnant - gagnant.

Finalement, Paris a beaucoup d'intérêt à jouer au faucon en ce moment, tant la course vers l'accord semble désormais inéluctable. Autant en profiter pour profiter de l'effet de levier et gagner sur tous les tableaux, des deux côtés du Golfe Persique.

Bref, un joli coup tactique. Je ne sais si Le Monde en est conscient mais en publiant deux pages sur la croquemitaine iranienne, il sert indirectement nos objectifs, qui ne sont peut-être pas ceux qu'il croit.

A. Le Chardon