Pensées fugaces

Élections à Chypre du nord. Le candidat de centre gauche est élu contre le président sortant nationaliste. Peut-on espérer une reprise des pourparlers ? en tout cas, ceci apparaît comme un revers pour la Turquie. La colère de R. Erdogan en est un signe, traitant les Chypriotes comme des enfants mal-élevés. Pas sûr que ça les incite à rester chez papa-maman. A suivre.

Aux États-Unis, il semble y avoir un Fergusson chaque mois. Un type (jeune et noir) tué par la police au colt facile, dans une banlieue pauvre d'une ville pauvre et très inégalitaire. L'absence de mise en justice provoque des émeutes violentes. Ce qui frappe surtout, au-delà de la répétition, c'est que l’État ne fait rien. Le président Obama envoie un médiateur et puis on s'arrête là. Jusqu'à la prochaine fois. Cette semaine, c'était à Baltimore, dans le Michigan.

Visite du PM japonais, Shinzo Abe, à Washington, sur fond de livraison du grand porte-hélicoptère nippon, symbole à la fois d'un effort de défense renouvelé (toujours à 1 % du PIB, toutefois) et des possibilités d'intervention "au loin". Notamment dans le cadre d'opérations multinationales "pour défendre la paix". Certains y voient un rééquilibrage de la relation avec les États-Unis. Pourtant, les deux parties y ont intérêt, face à la montée en puissance de la Chine dans ses entourages maritimes proches.

Cela étant, il ne s'agit pas de la simple mécanique d'alliance de deux contre un troisième puisque d'autres acteurs régionaux ont aussi leur place. L'attitude de la Corée du sud est ici ambiguë : alliée aux États-Unis (voir le très bon article du Cdt Hemez dans le dernier Politique étrangère) mais demeurant rétive, de façon persistance, à l'absence de repentance japonaise. Du coup, au lieu d'organiser un front uni, les arrières pensées des alliés de Washington compliquent la donne et pourraient laisser entrevoir un relatif alignement de Séoul sur Pékin. Du côté de la mer de Chine du sud, les riverains sont tous agacés par l'activisme chinois (allant jusqu'à "construire" des îlots pour démontrer qu'ils sont habitables et justifier les revendications chinoises sur les mers avoisinantes) mais ne vont pas jusqu'à rejoindre Washington.

Car malgré l'affichage du pivotement vers l'Asie, beaucoup doutent de la détermination américaine à réellement apporter son soutien aux pays de la région, en cas de nécessité. Le retournement américain, en cours au Moyen-Orient, peut être lu par beaucoup comme le signe d'un déclin. Ce doute explique la tolérance (nécessité fait loi) envers la Chine, puissance régionale de longtemps dominante. Washington inspire donc moins confiance malgré la défiance croissante envers Pékin. Ce qui entraîne une course aux armements régionale, notamment du Japon. Voici toutes les arrière pensées qui agiteront les esprits au cours de la visite de M. Abe aux États-Unis.

On apprenait cette semaine que les autorités européennes restaient très distantes avec l’Ukraine. Le partenariat mais rien que le partenariat. Pas question de candidature. En fait, maintenant que l'émotion médiatique de l'an dernier est passée, l'Europe ne veut pas retomber dans ses maladresses passées. Du coup, mezzo voce, elle prend garde à ne pas aller trop loin et surtout à contrôler ses technocrates. De plus, nombre de pays européens ne sont pas du tout chauds, mais pas du tout, à accueillir l'Ukraine, en faillite économique même s'il ne faut pas le dire. Et accessoirement, ils ne veulent pas fâcher Poutine. On peut craindre de la part de Kiev la tentation de relancer la machine à émotion, par exemple avec des combats à l'est qui ne demandent qu'à reprendre. Il faut dire que la situation paraît impossible. Dès lors, la politique du pire devient une option.

Peu importe les raisons, accueillons la bonne nouvelle : augmentation du budget de la défense (c'est, je crois, la première fois qu'une LPM est revue à la hausse) et disparition de cette étrangeté que consistait les partenariats de location des matériels militaires.

Les contrats du Rafale se suivent et se ressemblent. A Echoradar on est assez content d'avoir publié, au début de l'année, les dix raisons pour lesquelles on vendrait le bel oiseau.

Parutions

Le maréchal Grouchy 1766-1847 La malédiction de Waterloo Marc Cornet Préface de Jean Tulard. Le maréchal Grouchy est un personnage controversé du Premier Empire. Au lendemain de Waterloo il devient le bouc émissaire tout trouvé de cette néfaste journée du 18 juin 1815. Pourtant Grouchy n'a pas trahi, il a joué de malchance. Il est un fait établi aujourd'hui que Grouchy n'était pas en mesure d'appuyer l'Empereur. Des campagnes de la Révolution aux plaines de Belgique, c'est un personnage valeureux à découvrir à la veille du bicentenaire de la Bataille de Waterloo. Lui, seul, ne pouvait empêcher ce désastre.

Le dernier numéro (n° 24) de la revue Opérationnels : à noter un dossier très complet sur Djibouti comme point d’appui des forces françaises en opérations et un focus sur la deuxième édition du Sofins qui s’est tenu en avril à Souges.

L’Histoire : le numéro de mai propose un dossier sur les pacifistes, avec la question de Munich notamment ou les manifestations antinucléaires des années 1970 en Allemagne contre les missiles Pershing.

La lettre de veille du CDEM : Cuba-Etats-Unis : un rapprochement en trompe-l’oeil ? # 34 /// 27 avril 2015

Dans un contexte de resserrement des budgets militaires nationaux et de modernisation des forces armées, les nations européennes font évoluer leurs systèmes d'information et de communication opérationnels (SIOC). L'objectif de cette Note Stratégique de CEIS intitulée Systèmes d'information et de communication opérationnels - Une harmonisation sous influence de l'OTAN est de présenter et comparer les principaux systèmes SIOC menés dans les pays européens. S'il couvre un grand nombre de pays, ce panorama n'a toutefois pas la prétention d'être exhaustif. Il permet surtout de rendre intelligible les dynamiques qui sous-tendent ces programmes et de mettre en lumière l'influence normative et opérationnelle exercée par l'Alliance atlantique sur leur développement. Par A. Serban, A. Dyèvre et Ch. Cosquer.

Articles, sites et liens

Événements

A partir du 1er mai Le système Séré de Rivières de 1874 à nos jours et son rôle pendant la Grande Guerre. Exposition photos et historiques sur les fortifications françaises que les allemands appelaient « la barrière de Fer » et qui obligeront la Triplice à basculer dans un conflit Européen. Ces fortifications construites entre Vauban et Maginot sont les plus répandues sur le territoire français. Près de 500 ouvrages seront construits après 1874 de Dunkerque à Nice, autour de Paris, de Lyon et près des principaux ports français. En 1916, à Verdun, ces fortifications modernes résisteront au déluge de feu de l'une des plus grandes batailles de la Grande Guerre. Malgré des conditions très difficiles, nos poilus seront appelés, en plus des combats, à effectuer d'importants travaux à l'intérieur des ouvrages pendant cette bataille pour empêcher la progression de l'ennemi. Cette exposition innovante, illustrée avec plus de 200 photos d'époque et d'aujourd'hui, présente ce système de défense qui évoluera pendant plus de 40 ans et qui annonce à la veille de la Grande guerre la future structure des ouvrages Maginot. Voir www.fortiffsere.fr

11 mai Le renseignement dans les sociétés arabo-musulmanes - Séminaire METIS saison 15, séance 4 Lundi 11 mai 2015 : Implication en France des SR arabo-musulmans dans la lutte contre leurs opposants et le terrorisme des États et des organisations (1980-2004) Participant : Louis CAPRIOLI, ancien sous-directeur de la DST Informations pratiques Merci de bien vouloir confirmer votre présence par retour à : groupemetis@gmail.com Pour la bonne organisation des séminaires du Centre d'histoire de Sciences Po, nous vous remercions de bien vouloir patienter dans le hall du bâtiment jusqu'à l'horaire de début de la séance. Toutes les séances auront lieu de 18h à 19h30 au 1er étage du Centre d'histoire de Sciences Po (56 rue Jacob, 75006 Paris).

11 mai Table ronde Futuribles International L'émergence d'une nouvelle ère économique : le « made in world » et les territoires d'excellence Lundi 11 mai 2015 47 rue de Babylone, 75007 Paris. (de 17h30-19h30) au siège de notre association, 47 rue de Babylone - Paris 7e. Avec par Pierre Veltz, président directeur général de l'établissement public Paris-Saclay. Inscriptions.

A. Le Chardon