Pensées fugaces

Vendredi 26 juin, il y aura eu trois attentats. Le moins important est celui d'Isère. Malgré la décapitation de ce pauvre chef d'entreprise, constatons que l'attaque n'a pas eu les effets escomptés. Certes, les médias en ont fait des tonnes mais somme toute, aucune des deux dimensions nécessaires au terrorisme n'a été atteinte : ni la violence aveugle et d'ampleur (car la cible était le patron direct de l'agresseur), ni l'émotion suscitée parmi la population. Enfin, pas de revendication claire. Alors on va entendre les habituels spécialistes et experts dégoiser sur la fiche S, l'impossibilité de surveiller tous les méchants, la différence entre islamisme et salafisme, tout ça tout ça.

Beaucoup plus significatif fut l'attentat en Tunisie. En effet, il se déroule sur le littoral, dans la zone touristique, celle qu’on disait préservée des mouvements islamistes, concentrés plus dans le sud ou dans les montagnes occidentales. L'agresseur a donc choisi avec soin sa cible, un hôtel nommé "Bienvenue" façon de dire que non, les touristes ne sont pas bienvenus. On notera enfin que l'attentat est revendiqué par l'EI, moyen pour l'organisation de continuer de faire du bruit, afin d'étouffer les revers récents. Toutefois, les conséquences seront locales puisque cela signifie que la saison touristique tunisienne est cassée. Alors que le pays est en transition, c'est l'idée même de transition qui est visée, selon une politique du pire, malgré la présence d’islamistes au gouvernement. Mais on le sait, les jihadistes combattent aussi (d'abord?) les islamistes non violents, selon la règle propre à tout mouvement révolutionnaire.

Le plus important est peut-être le dernier attentat, celui qui s'est déroulé à Koweït. Une mosquée chiite a en effet fait l'objet d'un très violent attentat, avec de nombreuses victimes; Rappelons que le Koweït est un pays sunnite qui s'est fait assez discret dans toutes les dissensions qui ont agité la région. De même, il est frontalier de l'Irak et plus particulièrement des zones chiites du pays. Aussi contrôle-t-il avec attention sa minorité chiite, de façon plus clémente que dans d'autres pays de la région. Or, cela fait plusieurs fois que les lieux chiites de la péninsule arabique font l'objet d'attaque : pour mémoire, le début de la crise au Yémen date de fin mars lorsque l'EI avait ciblé des mosquées chiites à Sanaa. Cela avait rendu furieux les Houthis qui s'étaient lancé à l'assaut du sud, déclenchant en retour l'intervention saoudienne. DE même, le mois dernier, une attaque a visé la province chiite d'Arabie Saoudite. Celle d’aujourd’hui est la plus sanglante. Déclencher une guerre de religion, voici l'objectif de l'EI, le moyen de son extension territoriale, le levier qu'il a trouver pour porter la guerre chez les monarchies du Golfe.

Parutions

Le magazine trimestriel « Histoire & Stratégie » n°22 portant sur le « Génie depuis 1945 » est en kiosque depuis le 17 juin 2015. Portant sur l’histoire très contemporaine de cette arme, c’est le premier magazine spécialisé à être publié sur ce sujet depuis 1966. Entièrement rédigé par le lieutenant de réserve bisontin Christophe Lafaye - chercheur associé au laboratoire CHERPA de l'IEP d'Aix-en-Provence -, distingué pour ses travaux sur « L’emploi du génie en Afghanistan (2001-2012). Adaptation d’une arme en situation de contre insurrection » (sous dir. Rémy Porte), ce numéro de 90 pages permet au lecteur de découvrir toute l’importance de cette arme dans les conflits contemporains, tout en donnant la parole à de nombreux témoins ou chercheurs. Site des publications universitaires de Christophe Lafaye : https://iep-aix.academia.edu/LafayeChristophe

Articles, sites et liens

Culture

L'autre soir, je regarde Amadeus, de Milos Forman, DVD acheté l'autre jour. Éblouissant. J'en avais gardé un souvenir mitigé quand je l'avais vu il y a ... oh la la, il y a bien longtemps, j'étais jeune, quoi. Et ce que j'avais compris m'avait déplu : la débauche est nécessaire au génie. Or, à la revision, ce n'est pas ce dont il s'agit. Car voici le dialogue entre la médiocrité (Sallieri) et le génie. Et c'est absolument saisissant. Certes, Mozart est insupportable d'assurance et de futilité apparente, donc d'ultra médiocrité comportementale. Mais le film raconte la fulgurance, l'inspiration, le sublime. Avec cette scène d'anthologie, quasiment à la fin du film, où Mozart, épuisé, dicte à Sallieri les notes et accords du requiem. Sallieri a du mal à suivre : assez de savoir pour comprendre, avec un peu de recul, comment se construit l'envolée géniale de cette mesure. Puis il passe à la suivante et là encore, bute, rame, puis accède. Il y a à la fois de la fascination et de l'envie. La pleine conscience du gouffre qui le sépare du summum, alors qu'il a la reconnaissance du moment, les honneurs, la gloire. Mais celle-ci est éphémère par rapport à celle que déjà il voit chez Wolfgang. Bref, un film énorme et nécessaire. Le plus surprenant tient à ce qu'aucun des acteurs, pourtant tous excellents, n'a fait carrière.

A part ça, j'ai été voir Valley of death, avec Depardieu et Huppert. Plaisir du jeu d'acteur et beauté des paysages. A part ça, je ne me suis pas envolé. Mme Le Chardon a beaucoup plus apprécié.

Mot gourmand

Référendum

Mot bobo

Ultimatum

PS : j'ai oublié ma clef USB où j'avais jeté mes notes et pérégrinations webistiques. Du coup, beaucoup des rubriques sont écourtées, je vous prie de m'en excuser. J'allongerai la prochaine édition.

A. Le Chardon