Comment, cet histrion qui ne cesse de se faire prendre en photo dans des postures composées sur les points chauds de la planète, qui revient donner des conseils aux politiques et influence les décisions, qui règne sur les médias et le petit monde intellectuel, lui, l’homme de la Lybie et maintenant de l’Ukraine, a-t-il vraiment besoin de venir débiter ses fadaises à l’IHEDN qui demeure, normalement, une maison sérieuse ? Bref, il a suffisamment de temps de parole par ailleurs, qu’il ne vienne pas déranger les gens sérieux…

Je comprends le courroux. Je le partage, même. Mais… Justement, cet homme qui fréquente les puissants (son délicieux billet dans un hebdomadaire où il nous racontait son entrevue avec Porochenko, citant sans ciller ce dernier expliquer que l’armée ukrainienne était la plus puissante d’Europe et qu’elle avait défait l’armée russe : ce fut un pur moment de bonheur et de rire inextinguible), cet homme qui maîtrise le vrai pouvoir du moment, celui de la fabrique médiatique, n’est-ce pas intéressant qu’il vienne à l’IH ?

Car BH est l’expression de la seule stratégie occidentale qui nous régit, en ce moment : la stratégie compassionnelle ! BH est le censeur en chef, le grand moralisateur, le Torquemada de ce qu’il est « bon » de faire, l’ordonnateur en chef des convenances politiques… Et vous trouvez qu’il n’aurait pas sa place à nous dispenser une leçon à l’IH ? vous êtes bien chafouins…

Bon, certes, il n’a jamais écrit un ouvrage de stratégie ou de relations internationales, ni un article théorique dans une revue de défense. Ce n’est pas Aron qui polémiquait avec Beaufre, écrivait Paix et guerre entre les Nations ou Penser la guerre, Clausewitz, publiait dans la RDN. BH s’est souvent pris pour Malraux, sans convaincre... Il se croit un intellectuel engagé et d’une certaine façon, il l’est. Plus exactement : il est engagé sans être vraiment intellectuel. N’est pas Aron qui veut.

BH à l’IH, c’est d’une certaine façon l’hommage du vice à la vertu, ou plutôt de la vertu au vice. Continuons à penser la stratégie : peut-être attrapera-t-il le virus…

A. Le Chardon