Pensées fugaces

Toutefois, c'est le maréchal Sissi qui est le plus atteint par l'affaire. Passons sur la volonté désespérée de contrôler l'information en Égypte, dans une forme de déni de la réalité qui en dit long sur son inquiétude. Car l'affaire est une catastrophe politique et économique pour Le Caire. L'industrie du tourisme est durablement touchée, alors qu'elle constitue un des piliers de l'économie égyptienne déjà en berne. Un quart des touristes venant en Égypte provient de Russie : on imagine l'effet de la suspension de TOUS les vols russes non seulement vers le Sinaï, mais vers l’Égypte entière. Sissi face à son destin, raillait un blogueur sur tweeter... La France reste évidemment très discrète, ne voulant pas fâcher un de ses clients d'armements les plus importants. Car l'affaire met aussi en lumière l'opposition feutrée entre France et Anglo-Saxons au sujet de l’Égypte : l'irruption française n'a pas dû faire plaisir au complexe militaro-industriel américain...

En Syrie, la proxy war continue de plus belle. Un mois après le début de l'intervention russe, les résultats sont mitigés. Certes, la SAA a repris quelques positions au sud et à l'est d'Alep. Dans le même temps, les positions acquises autour d'Hama ont toutes été perdues, tandis que des portions de routes stratégiques sont prises et reprises. Surtout, les rebelles perçoivent désormais des missiles TOW en abondance, officiellement livrés par les Saoudiens ou les Turcs, mais avec l'aval de Washington. Enfin, si les Russes sont dans les airs, les Iraniens sont au sol puisqu'on entend les premiers signalements d'engagement des Gardiens de la Révolution.

Ainsi, les uns et les autres s'affrontent par procurateurs mais aussi de plus en plus directement. Un esprit candide s'étonnera : pourquoi les Occidentaux soutiennent-ils, indirectement, les rebelles, y compris les islamistes d'Al Nusrah et d'al Sham ? Tout simplement pour équilibrer la situation militaire. En effet, les grandes manœuvres diplomatiques ont débuté, notamment à Vienne où, pour la première fois, Iraniens et Saoudiens étaient à la même table. En soi, c'est une percée. Chacun s'accorde désormais sur un point essentiel : Assad fera partie de la transition, non de la solution. Les Occidentaux s'étaient rendus à l'évidence à la fin de l'été. Après la rencontre de Vienne, Moscou a fait également un pas puisque la porte-parole du kremlin a précisé que la Russie ne voulait pas Assad en tant que tel, mais la préservation de l’État syrien, ce qui constitue une évolution diplomatique notable, bien qu'attendue. Il reste désormais à définir le cadre politique de la résolution : fédération? Quant au processus, chacun voit bien qu'il faudra passer par des élections, mais chacun commence à sentir que de telles élections ne seraient pas forcément au désavantage du régime (même avec un contrôle international).

Quel est alors l'enjeu ? il réside dans la conjonction de la situation militaire et du règlement politique. En fait, tout dépend des lignes de front telles qu'elles seront en place au moment de l'accord, un peu à la manière de ce qui s'était passé en Bosnie au printemps 1995, avant la signature des accords de Dyaton. Cela nous ramène à la situation militaire. Si le régime réussit à prendre Alep, voire à faire la jonction au nord ouest de la ville avec la poche kurde, il est évidemment en excellente position pour la négociation. De même, sa tenue de l'axe Damas Homs Hama est essentielle, tout comme celle des approches du réduit de Lattaquié. Voici les trois points de "friction" qui sont actuellement en jeu. Et expliquent des alliances apparemment contre nature...

Manifestations monstres en Roumanie et en Moldavie, des gouvernements tombent, dans l'indifférence générale. Pourtant, la fragilisation de ces États reste très inquiétante, car elles se situent au point de jonction entre plusieurs crises : celle en Ukraine, celle migratoire dans les Balkans, celle plus lointaine du Proche-Orient.

L’Ukraine, justement. Les élections sont passées et Porochenko obtient une victoire en demi-teinte. Une possibilité serait qu'il relance les hostilités sur le front du Donbass (déjà, quelques signes avant-coureurs en laissent prévoir la possibilité). L'objectif serait d'une part de ramener l'attention sur une région qui est sortie des radars, d'autre part d'empêcher la levée des sanctions contre la Russie, aujourd'hui envisagée discrètement.

La Libye s'enfonce. Pas d'accord politique. Le gouvernement de Tripoli (proto islamiste) menace : reconnaissez-nous ou nous augmentons les flots de réfugiés vers l'Europe. Tout le monde évoque la route de Méditerranée orientale et des Balkans, mais il ne faut pas oublier que la route de Méditerranée centrale demeure très vivace. L'opération Sofia n'empêche rien. Faut-il envisager que l'Europe transige, toute honte bue, afin de bloquer ces migrants qui l'asphyxient ?

Rencontre entre les présidents Taïwanais et Chinois. Une première. Mais surtout une manœuvre dans la campagne électorale en cours sur l'île. Car Pékin essaye ainsi d'avaliser le nouveau discours du Kuo Min Tang. Celui-ci était partisan d'un fervent rapprochement, politique rejetée par la population ilienne qui veut non l'indépendance mais le "statu-quo". En essayant de montrer qu'il soutient également le statu quo, le KMT veut revenir dans la course. Mais sa visite à Pékin contredit ce discours apparent. Résultat lors des élections.

Migrations : l'Europe est en panique, constate un expert dans Le Monde. On le voit au travers de la montée très rapide des partis d’extrême droite. Regardez aux Pays-bas, regardez surtout en Allemagne où la cote de popularité de Merkel plonge quand celle de l'AFD (Alternative für Deutschland) croît à vive allure. La crise n'est pas simplement européenne : elle est surtout politique, à l'intérieur de chacun des États membres, qui se raidissent tous à qui mieux mieux. La récente élection polonaise accrédite le mouvement.

Dès lors, la récente déclaration de la Commission apparait hallucinante : déclarer que les migrants vont apporter à terme un peu de croissance témoigne d'un décalage politique incroyable. On retrouve bien là l'obsession économiste qui croit que tout se réduit à de la croissance, que les conditions politiques et sociales comptent peu, que le sans-frontièrisme demeure la solution.

Qui s'intéresse encore au Yémen ? L'intervention saoudienne multiplie les frappes y compris contre des hôpitaux de MSF sans que cela suscite beaucoup d'émoi. Pendant ce temps, Al Qaida s'installe tranquillement à Aden. La situation humanitaire est fortement dégradée. Il reste que le conflit commence à déborder en Arabie Saoudite même, puisque les Houthis y ont lancé qq opérations. Qui se souvient qu'une partie des populations limitrophes est zaidiste, comme de l'autre côté de la frontière ?

Arrêt de la Cour de Cassation interdisant le boycott contre Israël : elle motive sa décision sur le thème de la non discrimination sur des faits de race et de religion : mais Israël n'est pas un Etat religieux, que je sache. La logique m'échappe. En voulant dénoncer quelque chose, la Cour fait elle-même un rapprochement indu et critiquable. Je précise ici que je n'ai aucun avis sur la nécessité du boycott ou sa légitimité. Je n'observe que le jugement qui me semble bizarre. Mais je ne suis pas juriste, un lecteur pourra nous apporter ses lumières.

Burundi : un génocide est en train de se mettre en place. D'ici quinze jours, j'entends déjà les émotions internationales. C'est en ce moment qu’il faudrait agir... Mais le Burundi a rejoint Soudan du sud, RCA et Somalie dans le club des pays faillis et ethniquement divisés qui court au centre de l'Afrique... Une nouvelle source de migrations à l'horizon...

Parutions

Histoire et géopolitique de la Libye, des origines à nos jours par Bernard Lugan. Edité par l'Afrique Réelle, ce livre n'est pas vendu dans le commerce. Pour le commander, par carte bleue / Paypal.

Engagez-vous : la relance stratégique de la France (J. Dufourcq) éditions Lavauzelle. 17 euros, 138 pages. Une présentation ici.

Parution du numéro 253 de la revue de la gendarmerie nationale « opérations sous mandat international et forces de police à statut militaire

Les métaux rares : opportunité ou menace ? Enjeux et perspectives associés à la transition énergétique de Florian Fizaine 192 pages, 45 € www.editionstechnip.com et bénéficiez d'une remise de 5 % avec le code promo : EM81156

Ifri’s Deterrence and Proliferation Program , Proliferation Papers No. 54 Cross-Domain Coercion: The Current Russian Art of Strategy by Dmitry (Dima) Adamsky

Articles, sites et liens

Culture

Mort de René Girard: incontestablement, le personnage était attachant. Voici un intellectuel qui s'était échappé du milieu français et n'y était revenu que par l'extérieur. Un marginal, donc. Sa théorie mimétique est bien évidemment séduisante et a constitué une vraie alternative aux débats intellectuello-médiatiques depuis les années 1970. Son interprétation de la novation chrétienne est passionnante. Toutefois, si son interrogation sur les conflits humains est passionnante et fructueuse, elle pêche un peu par son aspect total. Et son "Achever Clausewitz" ne m'a pas convaincu. Au fond, il lui manquait d'expliquer la dimension politique des choses. Malgré tout, sa contribution marquera. Qu'il repose en paix,dans la paix éternelle qu'il n'a cessé d'espérer.

Délicieuse histoire qui dit tout de notre époque : à la fois la mondialisation , l'émergence, le capitalisme, l'inculture crasse. Comment peut-on prendre l'art au sérieux ? Désormais,l'art n'est que marché. Nantes: Il se fait passer pour un Chinois et perce dans le milieu de l'art contemporain

Événements

18 novembre ANAJ IHEDN Quelle place pour la France dans les relations économiques avec les pays de l’ASEAN ? Philippe Varin Président d’AREVA Représentant spécial du ministre des Affaires étrangères pour les relations économiques avec les pays de l’ASEAN Mercredi 18 novembre 2015 19h30 à 21h00 Amphithéâtre Desvallières Ecole militaire Inscriptions

9 novembre Diploweb.com et GEM, vous invitent à la conférence de Bernadette Mérenne-Schoumaker et Sébatien Abis : Quelles géopolitiques des matières premières ? Energie, minerais et blé. Produits de base, énergie, minerais et blé sont devenus des produits stratégiques. Des ressources sous tension dont la géopolitique ne cesse d'évoluer. Les conférenciers en expliqueront les spécificités, avec des exemples précis et actualisés. Vous aurez ainsi les clés pour comprendre. La conférence aura lieu le mercredi 9 décembre à 18h précise et sera suivi d'un cocktail et d'une séance de dédicaces, sur le campus parisien de GEM, 64/70 rue de Ranelagh - Paris, 75016 Métro Ranelagh, RER Boulainvilliers. Inscription

18 novembre L'équipe FIC a le plaisir de vous inviter au huitième Petit-déjeuner de l'Observatoire de l'année 2015 sur le thème "Safe Harbor : vers une souveraineté européenne ?". l'Observatoire FIC accueille Maître Olivier Iteanu, Avocat au Barreau de Paris et Vice-président de Cloud Confidence et Arnaud David, Senior Counsel chez Microsoft. Ce petit déjeuner aura lieu le mercredi 18 novembre 2015 de 08h30 à 10h00 au Cercle mixte du Quartier des Célestins (18, Boulevard Henri IV - 75004 Paris). Inscriptions

19 novembre Conférence de la revue Population & Avenir : « Le Monde francophone : un atout stratégique », par Ilyes Zouari, Auteur du « Petit dictionnaire du Monde francophone » (L'Harmattan), Jeudi 19 novembre 2015 à 18h30 Salle du Conseil, Mairie du 7e arrondissement – 116, rue de Grenelle

A. Le Chardon