Pensées fugaces

Ainsi, constatons qu'à défaut d'une "grande coalition", objectif simple mais impossible à réaliser , ses principaux éléments sont en place. Les présidents Obama et Poutine ne cessent de se parler dès qu'ils le peuvent. Certes, il y a toujours l'affichage de différends (le sort d'Assad, qui relève du politique, ou l'identification des groupes de la rébellion admissibles par les deux partis). Mais somme toute, il ne s'agit là pas de choses importantes à court terme, puisqu'il s'agit de mettre en place une coordination autour de quelques principes :

  • frapper l'EI en Syrie, et si possible procéder à son éviction de Rakka
  • s'appuyer sur les Kurdes syriens (tant pis pour les Turcs, nous y reviendrons)
  • boucler la frontière nord syro-turque (du moins les cent kilomètres qui restent).

Voici autant d'objectifs tactiques partagés qui devraient influer sur le cours des événements. De ce point de vue, outre les qq déclarations de soutien des uns et des autres (Cameron se risque à nouveau devant son Parlement pour relancer des frappes, l'Allemagne se contorsionne pour manifester un soutien militaire indirect), l'objectif est globalement atteint. Dès lors, la France paraît bien moins isolée que bien d'autres. D'ailleurs, les journalistes et observateurs ne s'y trompent pas. Dans le monde ou en Europe, on regarde aujourd'hui d'abord vers Paris, non vers Berlin ou Londres ou Bruxelles (OTAN ou UE, d'ailleurs).

Quant à M Erdogan, il a cru montrer les muscles. La réaction russe a été grande de mépris (Poutine refusant de parler à Erdogan, déployant dans la journée des S400, ajoutant des chasseurs de défense aérienne, matraquant les Turkmènes, discutant avec les grands - Washington et Paris, instaurant même des sanctions économiques contre lesquelles il s'élevait il y a quelques mois). M. Erdogan croit profiter de l'accord avec l'UE qui n'est gros pourtant que d'ambiguïtés. Non content d'avoir une situation conflictuelle au sud, une quasi guerre civile à l'intérieur, une distance gênée des Européens, voici que la Turquie s'est mise à dos son grand voisin du nord. Je ne sais pas si la France est isolée, mais la Turquie l'est à coup sûr.

Visite du pape à Bangui : il y est allé, malgré toutes les pressions, ça s'est bien passé, il a fait plus pour la paix que bien des diplomates : chapeau, Saint-père (devrait-on dire "Tiare!"?).

Au fond, ce qui lie vraiment la crise syrienne (et moyen-orientale, et africaine, et..) et la crise française (les agresseurs étaient non des hommes de là-bas mais des hommes de "chez-nous"), c'est la notion d'Etat qui est en crise... De ce point de vue, le tournant de F. Hollande est d'abord un tournant de la souveraineté qui ne dit pas son nom.

Livres et parutions



L'Europe, une grande puissance désarmée Général Maurice de LANGLOIS, Economica. Paru le 23/11/2015 L’Europe d’aujourd’hui est mise à mal par des événements qu’elle contrôle de plus en plus difficilement. Crise financière, crise identitaire et crise sécuritaire provoquent des réflexes de repli nationaliste qui pourraient nous renvoyer aux périodes les plus noires de notre histoire. Cet ouvrage, écrit après dix années passées au chevet de la politique de sécurité et de défense commune, a vocation à rappeler la raison d’être de l’Europe. Civilisation d’une grande richesse et porteuse de valeurs intellectuelles et spirituelles incomparables, elle est désormais en paix depuis soixante-dix ans. La construction européenne, bien critiquable sous de nombreux aspects, est une réalité et un impératif. La nier serait une grave erreur. La soutenir nécessite de la doter de tous les attributs d’une grande puissance, en particulier d’une capacité de sécurité et de défense autonome qui la crédibilise au sein d’un monde globalisé, cela dans le respect des spécificités des États qui la composent.

Quand les finances désarment la France, Hugues ESQUERRE Economica. Paru le 29/10/2015 Après les attentats qui ont touché la France en janvier 2015, il est rapidement apparu que l’armée française ne pourrait maintenir dans la durée le déploiement de 7 000 soldats pour protéger des lieux sensibles sur le territoire national. Depuis le début des années soixante, les moyens alloués à la défense et les effectifs des armées n’ont en effet cessé de décroître. Facteur aggravant, la détérioration de la situation économique française entamée au début des années quatre-vingt a même systématisé le fait que les armées supportent l’essentiel de la rigueur budgétaire nationale au rythme de réformes devenues permanentes. Aujourd’hui, le risque de décrochage est réel et le spectre d’un affaiblissement de long terme guette la France...

Culture

Remarquable exposition Vigée-Lebrun au Grand Palais. Avantage des attentats, on ne fait presque pas la queue et on a de la place pour regarder. Mentionnons tout de suite qu'il n'y a quasiment que des portraits : désolé pour les amateurs de scènes de genre ou de paysage. Il reste que c'est bien plus convaincant que les portraits flamands. On voit réellement des personnalités même quand on n'est pas psychologue. Est-ce un goût français, un œil français qui me fait dire ça ? je ne sais... Mais la technique est fabuleuse. J'ai surtout été frappé par l'audace dans les accords d e couleur. Enfin, de façon sensible, On sent une différence entre la période pré-révolutionnaire et celle qui suit l'errance dans les cours d'Europe. Il y a certes des différences culturelles mais on devine une gravité, une once de tristesse et de nostalgie dans la deuxième partie. Signe d'un "monde d'hier" qui rappelle Zweig. De Marie-Antoinette à l'empire austro-hongrois, comme si le destin de l'Autriche était de trouver un art de vivre, sans réussir à le conserver durablement...

Événements

30 novembre Le renseignement : planification, stratégie et prospective - Séminaire METIS - saison 16, séance 3. Renseignement ou Intelligence ? Le cas français de 1945 aux années 1970 Intervenant : Georges-Henri SOUTOU (Professeur à l'Institut de France). Merci de bien vouloir confirmer votre présence par retour à : groupemetis@gmail.com Suite aux attentats de 13 novembre, les nouvelles consignes de sécurité à tenir dans les semaines qui viennent sont très strictes.

2 décembre Cercle Géopolitique de Dauphine, Conférence "L'Iran au lendemain de l'accord nucléaire". François Nicoullaud Analyste de politique internationale, ancien ambassadeur de France en Iran

« A l'issue de 12 ans de négociations, un accord a été signé le 14 juillet dernier entre l'Iran et les membres du Conseil de sécurité, plus l'Allemagne, pour encadrer le programme nucléaire iranien. Mais ceci n'est pas la fin de l'histoire. La République islamique d'Iran et les Etats-Unis sont-ils prêts à appliquer loyalement cet accord? La levée des sanctions va-t-elle réintégrer l'Iran dans la communauté internationale? Où va-t-elle au contraire lui donner des moyens nouveaux pour alimenter une politique agressive dans sa région? Telles sont les questions clés pour tenter d'anticiper les évolutions en cours au Moyen-Orient. » lire la suite ici. Mercredi 2 décembre 18h - 19h30 Salle A709 7ème étage Université Paris-Dauphine . Inscription

9 décembre Table ronde Futuribles International Mercredi 9 décembre 2015 (17h30-19h30) 47 rue de Babylone, 75007 Paris, France Quelle intelligence pour quelle ville ? Cette table ronde sera introduite par Jean-François Soupizet, ancien chef d'unité à la Commission européenne (1990-2010), consultant en développement international et stratégies numériques, et conseiller scientifique de Futuribles International. Inscription

9 décembre ANAJ IHEDN La mer, milieu d’expression de la puissance ? L’exemple de la Méditerranée centrale et orientale. Capitaine de Frégate Olivier de France Officier traitant au sein du bureau stratégie et politique de l’état-major de la marine Mercredi 9 décembre 2015 19h30 à 21h00 Amphithéâtre Desvallières Ecole militaire/ Inscription

17 décembre Forum du futur et Minerve organisent jeudi 17 décembre 2015 de 18h30 à 20h30 à l'Ecole militaire, amphithéâtre de BOURCET, une conférence-débat sur le thème : "La crise ukrainienne, point de situation et perspectives" Alors que la Russie semble rétablir sa position sur la scène internationale en contribuant à la relance d'un processus de règlement politique en Syrie, le moment paraît opportun de faire le point sur : LA CRISE UKRAINIENNE Le débat sera mené par : - Pierre MOREL, ancien Ambassadeur, coordinateur de l'OSCE pour le dialogue politique ukrainien, avec la participation de : - Mme Ioulia SHUKAN, Professeur des Universités, grande spécialiste de cette question, - du Chef d'escadron Robert HAZEMANN, attaché militaire adjoint à Kiev jusqu'à l'été 2015, - M. Jacques FAURE, ancien ambassadeur de France en Ukraine de 2008 à 2011. Inscription.

A. Le Chardon