Pensées fugaces

Les succès s'accumulent donc du côté du régime. La Turquie enrage, menace, gronde, mais ne peut aller trop loin. Une avancée terrestre la soumettrait aux frappes des Russes qui n'attendent que ça, sans avoir le soutien des alliés de l'OTAN puisqu'il ne pourrait pas s'agir d'une opération de défense. D'ailleurs, les Etats-Unis ont été très clair sur le sujet. L'Arabie Saoudite a beau avoir envoyé 4 jets à Incirlik, menacé d'envoyer des troupes "contre l'EI" (à partir de la Jordanie ?), rien n'y fait. La tension entre Ankara et Washington s'envenime, les Turcs menaçant même de retirer l'autorisation de déployer des chasseurs américains à Incirlik : rien n'y fait.

Pour Washington, les choses sont assez simples, une fois qu'on écarte les déclarations intempestives de tel ou tel faucon. Puisqu'on ne peut s'engager au sol, puisqu'on a défini l'EI comme l'ennemi principal, puisque les alliés turcs et saoudiens ne jouent pas réellement le jeu, laissons faire les Russes, quitte à laisser Assad redevenir maître de la Syrie, quitte à négocier une autonomie des Kurdes au nord. Un EI chassé de Syrie serait une bonne nouvelle à présenter en cette année de campagne électorale et validerait une stratégie d'endiguement et d'éviction qui s'installe dans la durée. Ceci donne également du sens au raid mené en Libye, marquant une stratégie cohérente.

Pour les Occidentaux d'une façon générale, puisqu'on ne peut peser, autant attendre que le sort des armes délivre son verdict. Il sera toujours temps alors de revenir à une négociation générale. Notons ici deux points : le retour de l'Iran. D'une part, l'Iran ne doit pas être très content de voir l'établissement d'un corridor turc bientôt émancipé : il menacerait directement son influence en Irak, sans même parler de l'idée que cela pourrait donner aux 8 millions de Kurdes iraniens. D'autre part, le dit retour iranien affaiblit considérablement la position d'Israël, qui ne cessait depuis quinze ans de grossir la menace iranienne pour détourner les yeux de la question palestinienne. Alors que la troisième intifada s'installe dans la durée, la question devrait redevenir sensible dans les prochains mois.

Pendant ce temps, la question des migrations en Europe demeure extrêmement sensible. Angela Merkel est en train d'y perdre son pouvoir, en Europe comme en Allemagne. Tout le monde lui reproche désormais son ouverture de cœur de la fin de l'été 2015, considérée aujourd'hui comme l'ouverture des portes. La population allemande est désormais tétanisée et ne demande qu'une chose : "pas un de plus". Autrement dit, mettez des frontières. Les trois élections régionales qui commencent en mars seront cruciales à cet égard : que l'AFD (Alternative für Deutschland) obtienne plus de 10 % des voix, et la chancelière risque de devoir quitter son poste, selon un scénario à la John Major (qui écarta M. Thatcher en son temps, sans changer de majorité). Mais le probable successeur, W. Schaübble, n'a pas d'autre ligne plus claire. Il faudrait alors se résoudre à fermer les frontières.

Dans le même temps, les tensions européennes s'exaspèrent. Les membres du groupe de Višegrad se coordonnent pour refuser toute solidarité, le Grec Tsipras craint plus que tout que son pays devienne le camp d'accueil de centaines e milliers de réfugiés, même le français M. Valls explique directement qu'il n'en fera pas plus. Tout ceci alors que la crise financière repointe son nez.

Quant aux négociations sur le Brexit, chacun a tenu son rôle, faisant semblant de se battre comme des chiffonniers sur un texte finalement sans grande portée. Manière de laisser à Cameron des arguments pour sa campagne difficile pour le référendum européen, prévu le 23 juin. On a ici des raisons d'être pessimiste, surtout si l'UE continue de donner le spectacle de son impuissance. Il est donc probable que l'UE éclate d'ici l'été. Cela aurait bien évidemment des conséquences politiques énormes, mais aussi des conséquences stratégiques. La France se retrouverait en effet seule puissance militaire interventionniste dans l'Europe résiduelles (quel que soit son format), ce qui n'est pas une bonne chose. Nous n'en sommes pas là.

Elections américaines : En gagnant le Nevada, H. Clinton a non seulement inversé la tendance mais surtout rétabli sa position. Elle devrait donc emporter l'investiture démocrate. Côté Républicain, le grand succès de D. Trump en Caroline du sud met le parti dans une position intenable. Avec le départ de Jeff Bush, la direction doit rapidement se résoudre à se rassembler derrière Rubio, sans être sûr de pouvoir inverser la dynamique à temps avant le super Tuesday. On s'achemine donc vers un duel Clinton Trump. Il faudra à la première de l'imagination pour capter les voix des exclus et des excédés, qui se tournent pour l'instant vers les trublions. Il faudra surtout retourner le Congrès qui est aujourd'hui une force de blocage, poussant à son paroxysme la division des pouvoirs de la machinerie américaine. Enfin, il faudra trouver les voies et moyens de casser les inégalités : mais ce programme s'adresse en fait à tous les Occidentaux et devrait inspirer les candidats à la présidentielle française.

Centenaire de Verdun. Vi ce soir l'excellent documentaire sur France 2, lu le remarquable dossier de la RDN. Pas une victoire pour rien, contrairement à une opinion trop souvent ressassée. Verdun, devenu le symbole d'une unité française dans l'adversité : important par les temps qui courent.

Parutions

European Geopolitical Forum EGF Geopolitical Trends - Issue 1, 2016: Making Sense of Key Geopolitical Developments in Europe, Eurasia and MENA. Both Moscow and Ankara try to avoid further escalation in a major political conflict that has erupted between Russia and Turkey following the 24 November jet downing incident. The 14 November Vienna agreement on Syria is a step in the right direction, but much more will be needed in order to bring an end to this drawn out civil war. Many of us in the West tend to be ‘caught out’ by Vladimir Putin’s geopolitical ‘chess moves’. Should we continue to pay ‘lip service’ to his public messages or should the Russian president’s announcements on geopolitics be taken more seriously? Washington’s current strategy in combating ISIS may be more reasonable than critics think, bearing in mind the Obama administration’s strategic orientation towards ‘leading from the rear’. Prospects for conflict resolution in the Donbass are unlikely in the current atmosphere, where both Moscow and Kyiv find interest in maintaining the ‘no war, no peace’ stalemate for wider (geopolitical) purposes.

LA LÉGALITÉ DE L'INTERVENTION MILITAIRE FRANÇAISE AU MALI Contribution à l'étude du cadre juridique de la lutte armée contre le terrorisme international par Djiby Sow Le 11 janvier 2013, la France déclenche au Mali l'opération « Serval ». L'objectif annoncé au sommet de l'État est clair : « détruire les terroristes » qui occupent depuis 8 mois la majeure partie de cet immense État et menacent désormais la totalité du pays. Ce livre décrypte de façon accessible les circonstances et le cadre juridique dans lequel s'est déroulée l'intervention française au Mali, dans un contexte de « guerre » contre le terrorisme qui n'a jamais paru autant d'actualité.

L’endiguement renforcé - Les politiques de sécurité de la France et des États-Unis en Afrique Note de l'Ifri, février 2016. Par Jean Yves Haine.

Articles, sites et liens

  • Qu’est-ce que la stratégie ? Et à quoi sert-elle ? Comment appréhender les grands événements internationaux ? Est-il possible d’anticiper les crises ? Comment décider en avenir incertain ? L'équipe du Conseil Supérieur de la Formation et de la Recherche Stratégiques (CSFRS) et le Conservatoire National des Arts et Métiers (CNAM) ont le plaisir de vous informer de l'ouverture des inscriptions de la deuxième session du MOOC portant sur les questions stratégiques. Cette seconde session comporte notamment des cours actualisés accompagnés de versions sous-titrées en français et en anglais. lus de quarante chercheurs, enseignants, personnalités, vont vous guider pour élaborer vos propres grilles de lecture et d’analyse, en développant des exemples pris dans les domaines des questions politico-militaires, des menaces contemporaines, des facteurs historiques et identitaires, ou des grandes questions transverses contemporaines. Venez nous rejoindre en cliquant ici !

Culture

Vu le Steve jobs au cinéma. Bon parce que ce n'est pas une simple hagiographie ni même un film pour geeks. En fait, l'homme était détestable au quotidien, quelle que soit la formidable image qu'il su conquérir auprès du public. Avant d'être un informaticien, c'est d'abord un génie du marketing et un obsédé du "user friendly".

Événements.

23 février ANAJ IHEDN Quand une nouvelle transition numérique touche le monde agricole Thierry BLANDINIERE Directeur Général d’InVivo Leader en France des groupes coopératifs agricoles Mardi 23 février 2016 19h30 à 21h00 Ecole militaire Amphithéâtre Des Vallières. Inscriptions

24 février Cercle géopolitique de Dauphine. Dimensions stratégiques du cyberespace Olivier Kempf Chercheur associé à l’IRIS, Directeur de la lettre stratégique « La Vigie » La conférence s'articulera autour de quelques cas significatifs, dans l'ordre militaire, politique et économique afin de montrer leurs interrelations, et de dégager quelques dynamiques stratégiques qui gouvernent ce cyberespace. Mercredi 24 février 18h - 19h30 Salle Raymond Aron 2ème étage, Université Paris-Dauphine En raison du plan Vigipirate, l'inscription à la conférence est obligatoire inscription en ligne ici

3 mars ANAJ IHEDN. La diplomatie parallèle au service de la paix dans le monde Rencontre avec un diplomate de l’ombre Jean-Yves OLLIVIER Homme d'affaires Président de la Fondation Brazzaville Jeudi 3 mars 2016 19h30 à 21h00 Ecole militaire Amphithéâtre Des Vallières. Inscriptions

A. Le Chardon