Pensées fugaces

Mais il y a un autre facteur, beaucoup plus dimensionnant. Selon le site de renseignement Debka (israélien), les Russes auraient déployé en Syrie des SS26 (voir ici). Autrement dit des Iskander. Autrement dit (et le site le dit incidemment, sans insister, alors que c’est probablement le plus important) « à capacité nucléaire ». Peu importe qu’il y ait des armes nucléaires, l’important réside dans la possibilité de leur présence. Car en bonne stratégie de dissuasion nucléaire, tout est dans les perceptions. S’il y a une possibilité nucléaire, cela relativise d’un coup le monopole israélien sur la région. Les Russes sont assez adroits d’une part pour ne pas confirmer les SS26, d’autre part pour ne rien dire du nucléaire mais le message subliminal est transparent. D’autant qu’ils n’ont pas hésité à utiliser des moyens normalement dévolus au nucléaire pour conduire des raids conventionnels en Syrie, que ce soit avec les missiles de croisière ou avec leur aviation à long rayon d’action.

Libye : la solution évolue doucement. L’EI est finalement contenu dans son fief de Syrte. Du coup, les manœuvres politiques avancent. Ainsi, le gouvernement d’union nationale (GUN) issu d’un accord international signé en décembre, prend peu à peu pied à Tripoli. Le futur Premier Ministre (Faïez Sarraj) a réussi à s’y établir consacrant l’éclatement du bloc « Aube de la Libye » qui tenait la Tripolitaine. Ce bloc rassemblait les « durs », à la fois ex-révolutionnaires profondément anti-Kadhafi et les islamistes de tout poil. Or, souterrainement travaillées par la communauté internationale, les milices qui le constituaient se sont peu à peu ralliées à M. Sarraj. Pour autant, la situation demeure délétère puisque l’autre bloc libyen constitué autour du parlement de Tobrouk, en Cyrénaïque, refuse pour l’instant de concourir à ce gouvernement d’union nationale.

Or, ce Parlement est officiellement reconnu par la communauté internationale et seul lui peut ratifier le nouveau gouvernement, ce qu’il refuse pour l’instant de faire. En jeu, le sort du général Haftar, homme fort de Cyrénaïque et dont on n’a pas trouvé la place dans l’accord. Surtout, le général Haftar est le seul à mener des opérations contre l’EI, ce qui explique la mansuétude de l’Ouest. Tout se passe en fait comme si les islamistes de Tripoli s’étaient rallié au GUN afin d’obtenir un aval international et mettre au ban leurs rivaux de Cyrénaïque. Avec le risque que la division profonde du pays ne se cristallise en une séparation effective en deux entités. Sans même parler de la guerre entre Toubous et Touaregs, dans le sud, qui a pris une ampleur certaine.

Nuit debout : vous savez, ce collectif dont tous les journalistes parlent, espérant secrètement un truc un peu nouveau, mélange de mai 68 et des indignados espagnols. La campagne promotionnelle est intense. Une fois marqué que je ne suis pas dupe, n’y a-t-il pas un petit quelque chose dans cet embryon de mouvement ? Comme un signe que les choses sont en train de bouger, tous comme la reprise de horions entre manifestants (jeunes) et policiers ? IL est loin le temps où la population manifestant dans les rues applaudissait les policiers qu’elle croisait. Désormais, la même population regarde les forces de l’ordre d’abord comme des forces. Le regard a changé.

Panama papers : la chute du PM islandais révèle la puissance du parti pirate là-bas. Encore un parti atypique qui correspond, dans sa forme, aux Podemos, Styriza ou Cinque stelle méditerranéens. Le programme reste globalement le même : bousculer le système… Sans être forcément « populiste » (si on assimile le populisme à la droite radicale, ce qui est souvent sous-entendu par les usagers du mot populiste).

Référendum en Hollande : sans surprise, le non l’a emporté. Sans surprise, les élites européennes sont gênées, pour ne pas dire consternées : décidément, ces peuples sont bien ennuyeux de ne pas suive le magnifique chemin que l’on trace pour eux. Le plus intéressant est que le refus de l’Europe vient d’un pays dont la santé économique est solide : autrement dit, il n’y a aucun désespoir économico-social dans l’affaire, à la différence de ce qu’on pourrait dire pour d’autres partis atypiques et latins, qui connaissent déficit et chômage. Or, l’objet européen est l’économisme et le rejet du politique et voici qu’une nation, satisfaite économiquement, rappelle la nécessité du politique.

Irak : il se passe des choses au plan politique puisque le premier ministre Abadi a de plus en plus de mal à gouverner. Son prédécesseur avait mené une direction outrageusement pro chiite, avec les brillants résultats que l’on sait. Son successeur essaye de ménager la chèvre et le chou mais voici que l’ensemble des partis chiites commencent à s’en défier, l’ayatollah Sadr en tête. Tout ceci sur affaiblissement durable des ressources pétrolières. La perspective d’une reprise du triangle sunnite à l’EI n’est qu’une variable militaire dans un jeu plus large qui laisse ouverte la question : quel équilibre politique en Irak ? Les troubles à Bagdad jouent en faveur de l’EI, malgré ses récents revers.

Parutions

Étude stratégique n°2 (gratuit) : Évolutions de la politique française en Syrie par La Vigie

La dissuasion nucléaire au 21ème siècle Bibliographie thématique no. 2/16 (par la bibliothèque de l’OTAN)

Parution de la dernière note du CREOGNNumérisation du visage : opportunités et limites de la reconnaissance faciale

Comprendre le malheur français, de Marcel Gauchet. Indispensable

Articles, sites et liens

Culture

Remarquable roman-thriller "Les deux mondes" de Neal Stephenson en 10/18. Le fondateur d'un jeu en ligne qui a plein de succès s'aperçoit qu'une bande s'est installée dans le jeu et dépouille les participants. Dans le même temps, le petit copain de sa nièce, informaticien, vend un code pourri à un contact d'un maffieux russe. Celui-ci enlève la nièce et tout le monde se retrouve en Chine du sud, avec anciens spetznaz, terroristes islamiques, espionne anglaise et geeks chinois en pagaille. Au début, on lit cela d'un œil distrait et puis les choses s'accélèrent et on est scotché. Le tome deux paraît dans quinze jours, j'attends avec impatience.

Événements

12 avril ANAJ IHEDN Un regard contemporain sur l’image de guerre. Par Emeric LHUISSET Enseignant à Sciences Po Spécialiste des relations entre art contemporain et géopolitique Jeudi 21 avril 2016 19h30 à 21h00 Ecole militaire Amphithéâtre Des Vallières Inscriptions

14 avril Forum du futur l’Iran peut-il être un partenaire au Moyen-Orient ? le jeudi 14 avril 2016 de 18h30 à 20h30 à l’École militaire amphithéâtre de BOURCET à une conférence-débat sur le thème : "L'Iran peut-il être un partenaire au Moyen-Orient ?". Le débat sera mené par : Monsieur François NICOULLAUD, ancien Ambassadeur à Téhéran, analyste réputé de politique internationale, spécialiste de l'Iran et de son environnement ainsi que des questions de prolifération nucléaire. Il est l'auteur du livre "Le turban et la rose, journal inattendu d'un ambassadeur en Iran". S’inscrire : forumdufutur@wanadoo.fr

18 avril Séminaire spécialisé METIS Le renseignement : planification, stratégie et prospective Responsables :  Philippe Hayez et Sébastien Laurentois Lundi 18 avril 2016 Expériences du renseignement extérieur et intérieur Ministères de la Défense, de l'Intérieur et des Affaires étrangères Intervenant : M. Alain CORVEZ Informations pratiques : Toutes les séances ont lieu de 18h à 19h30 au Centre d'histoire de Sciences Po, Salle du Traité (56 rue Jacob, 75006 Paris). Pour les séminaires accueillant des personnes de Sciences po (doctorants, enseignants, chercheurs) ainsi que pour quelques externes (pas plus de 20 personnes) : inscription obligatoire : groupemetis@gmail.com

Arthur Le Chardon