Pensées fugaces

A plusieurs signes, on discerne une opposition croissante de la part des Américains envers les Saoudiens : Publication d’un reportage sur les « 28 pages » (les 28 pages censurées du rapport d’enquête parlementaire sur les attentats du 11 septembre, et qui auraient révélé le soutien des autorités saoudiennes à l’organisation des attentats), mais aussi projet de loi qui pointerait lesdites responsabilités saoudiennes (en discussion, malgré l’opposition déclarée d’Obama). Le pacte de Quincy s’affaiblit et ce n’est pas bon pour Riyad. qui s'époumonne déjà et promet moultes représailles, notamment financières.

Dilma Roussef est donc partie pour être destituée, si l’on suit la logique du vote de dimanche dernier qui ouvrait la procédure. La faute paraît vénielle et probablement abusive mais « quand on veut tuer son chien, on l’accuse de la rage ». La logique politique sous-jacente est quant à elle implacable, il paraît vain de vouloir s’abriter derrière des arguties juridiques. Non seulement elle n’a pas convaincu de son efficacité économique mais son parti (et quasiment tous les partis) sont accrochés par une gigantesque affaire de corruption qui met à jour les défauts profonds du Brésil : son développement n’est assuré que par quelques-uns, au profit de quelques-uns. La redistribution est en train de devenir la grande cause politique de l’année.

Incidents à la frontière entre Macédoine et Grèce, sans grande surprise. De même, l’Autriche qui s’apprête à fermer sa frontière avec l’Italie : mais pour le coup, la clôture du col du Brenner risque de constituer un blocage énorme…

Il y a encore des changements de frontières : l’Egypte a ainsi « rétrocédé » deux îles, situées dans le prolongement du Sinaï : il faut bien rembourser, d’une manière ou d’une autre, l’énorme soutien financier prodigué par Riyad. Cela suscite dans le même temps une grande colère nationale (atteinte à la souveraineté, etc.). Du coup, le gouvernement explique que les droits saoudiens étaient assurés depuis longtemps, que l’occupation égyptienne n’était que transitoire, ce genre de choses. Cela se passe à peu près dans le calme mais signifie aussi que ces questions de frontière sont brulantes. Pour mémoire, l’Egypte aurait également cessé ses revendications sur une bande de terrain avec le Soudan, disputée depuis des lustres. Cela a fait moins de bruit car l’utilité stratégique est moins évidente.

Libye : situation toujours confuse, malgré les navettes diplomatiques dans la région (FR en Egypte, Libye, Algérie, HR UE en Libye,…). Le PM Sarraj peine à réunir aussi bien les islamistes d’Aube de la Libye que les autorités de Tobrouk. En jeu, le sort du général Haftar que l’Egypte et les Emirats ne veulent pas lâcher et que les Occidentaux soutiennent malgré tout en sous-main, car c’est le seul à lutter vraiment contre l’EI en particulier et les jihadistes en général. Mais les Tripolitains sont quant à eux soutenus par le Qatar et la Turquie qui ne veulent surtout pas d’Haftar, considéré comme un ennemi des Frères Musulmans. L’Occident négocie en sous-main et reporte son intervention tant attendue « sur invitation du gouvernement libyen ». Pendant ce temps-là, la HR espère une extension de l‘opération Sophia, là aussi « sur invitation du gouvernement libyen » afin de se rapprocher plus encore des côtes libyennes et de lutter contre les flots de migrants sur la route sud, qui menacent de reprendre et de submerger l’Italie à nouveau. Mais aller trop vite aurait des effets néfastes puisque cela reconstituerait aussitôt l’unité libyenne « contre l’envahisseur occidental », etc. Du coup, il faut prendre son mal en patience, ce que savent fort bien les parties libyennes qui n’ont aucun intérêt, pour l’instant, à avancer plus loin.

Algérie : Succession de pataquès à l’occasion de la visite du PM Valls à Alger. Tout d’abord, le refus de visas de certains journalistes provoque un boycott des médias français qui refusent de couvrir la conférence. Puis le PM publie une photo de lui avec le président Bouteflika où ce dernier n’est pas à son avantage. Aussitôt certains Algériens dénoncent cette image hypocrite et le « revanchisme français qui décidément n’a rien compris à l’Algérie depuis l’indépendance », etc. Tout ceci pour cacher que le roi est nu ou, plus exactement, malade et que le régime ne tient qu’au fil du souffle de M. Bouteflika. Mais de cela, qui est pourtant l’essentiel, nul ne veut parler. Vous avez dit fin de règne ?

OTAN : les déclarations de D. Trump mettant en cause l’OTAN ont suscité une belle avalanche de considérations : deux articles dans Le Monde et le Figaro, mais aussi une tribune de George Friedmann dans le NYT qui affirme, lui aussi, que le roi est nu et que l’Europe ne peut plus continuer sa « stratégie » du passager clandestin. J’adore le paragraphe où il écrit que l’OTAN, comme toutes les organisations, se survivra en organisant une rencontre annuelle de ses membres. L’OTAN, une bureaucratie obsolète ? Heureusement que c’est un Américain qui dit ça, imaginez si ç’avait été un Français…

Publications

IFRI, laboratoire de recherche de défense : "La sécurité énergétique des armées françaises. Le soutien pétrolier à l’heure de la transition", P. Kaeser, Focus stratégique n°66. Depuis sa naissance à la veille de la Première Guerre mondiale, le concept de sécurité de l'approvisionnement en carburant n’a cessé de prouver qu’il était crucial au bon déroulement d’une opération militaire. En France, cette mission est assurée depuis 1945 par le Service des Essences des Armées (SEA). En contrôlant de bout-en-bout sa chaîne d’approvisionnement, le SEA s’est montré capable de soutenir l'intégration des forces armées françaises au sein de l'OTAN, ainsi que dans leurs opérations extérieures. Cependant, le SEA est aujourd'hui confronté à des aléas externes (tant structurels que conjoncturels) ainsi qu’à des vulnérabilités internes dont la combinaison produit un « risque énergétique » systémique auquel il convient de répondre efficacement. Pour ce faire, les armées devront s’approprier pleinement le défi de la transition énergétique et traduire en réalité opérationnelle les nouveaux concepts qui se diffusent à l’international, tels que la « Green Defense ».

Que veux Poutine ? par Jean-Robert Jouanny, Seuil

Articles, sites et liens

Mot gourmand, mot bobo

Ah ! enfin un article qui essaye de franciser, en utilisant l'expression d' "engin explosif de circonstance" EEC (au lieu d'IED) voir ici. Personnellement, j'aime bien la vieille expression de "bombe de fortune" : ça, c'est très gourmand....!

Culture

Ait vu le Livre de la jungle, nouvelle version, mélange de cinéma "tourné" et de conception 3D. D'abord, c'est éblouissant de réalisme, ils ont quand même fait des progrès incroyables. Pour le reste, un régal avec ce qu'il faut de références au dessin animé de 1967 (je crois que c'est le premier film que j'ai vu), mais pour le reste, cela suit mieux le bouquin de Kipling que le dessin animé, me semble-t-il. A voir.

A. Le Chardon